Ecriture sur le texte coupée...

Nadège

 

Texte coupé.

 

[les mots notés en gras et en italique constituent le point de départ de l'exercice]

 

 

Le rituel de l'écriture

 

Dans le silence de la classe, les élèves sont attentifs aux consignes du maître. Il a appelé Jean qui se rapproche du pupitre, les yeux embués. L'appréhension le gagne. Sa main apprivoise l'écriture. Autrefois à la plume, la main droite de sa mère devait tracer des lettres qui s'assemblent aujourd'hui aisément comme liée à l'encre de son cœur. Un monde de connaissances, de compétences, de capacités reste le territoire à conquérir des écoliers d'hier, comme pour ceux de demain. Mais l'enjeu est de taille et qu'il peut être long et difficile le temps de cet apprentissage ! (...)

L'apprentissage est un rituel.

(...)

Jean est là près du maître qui lui demande de retracer devant lui le vers d'Hugo :

Dans "connaître", il y a "naître".

 

Il s'exécute en appuyant sur la plume ; il faut prendre garde de ne pas être trop lourd sinon elle s'écarte et l'écriture se dédouble.  Le poignet tente d'être léger et les doigts juste serrés. La ligne d'encre se trace du bas vers le haut, enfin le vers arrive à sa fin et l'exercice vise à la perfection. La page remplie de ce vers construit un sens qui échappe à la compréhension de l'enfant. Mais le maître doit savoir, lui car la République, synonyme  de maîtrise et de raison inculque une discipline de fer, au gardien du savoir qui édicte les règles de l'apprentissage. Il faut se tenir droit, avoir le geste souple et assuré afin de réaliser des lettres à l'inclinaison parfaite, sans tâches ni rature. Bien des dangers guettent l'écolier qui débute son apprentissage comme trouer le  papier lorsque l'on appuie trop fort.

Aujourd'hui les avancées techniques sauvent les écoliers des commencements hésitants. Le stylo porte l'empreinte du pouce et de l'index, la gomme efface les ratures, mais le mouvement reste difficile à contraindre.

L'encre violette a disparu. Les ordinateurs balaieront  peut-être définitivement cette dernière contrainte, un jour, en laissant la place à une écriture moins artisanale. C'est alors que Jean comme nous, ouvrira ses vieux cahiers et redécouvrira que la magie de l'écriture demeure :

 

Il ne faut, à aucun prix, renoncer à l'écriture, ne serait-ce que parce que dans toutes les grandes civilisations l'écriture est liée à la calligraphie, c'est-à-dire à la beauté.

René Etiemble

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